« C’est aussi pour les hétéros ? »… Pourquoi les sextoys masculins et la pénétration anale sont encore tabous

, « C’est aussi pour les hétéros ? »… Pourquoi les sextoys masculins et la pénétration anale sont encore tabous

Vagins en plastique, poupées gonflables… Les sextoys masculins ont longtemps eu une mauvaise image. De l’autre côté, les Womanizer et autres jouets féminins sont de plus en plus médiatisés et glamourisés, devenus un cadeau phare de la Saint-Valentin ou de Noël. Pourquoi existe-t-il un tel gap entre les deux genres ? 20 Minutes a mené l’enquête.

« Je ne vois même pas de quoi on parle », nous répond Sylvain, 28 ans, blouson clair sur le dos et Airpod dans l’oreille, qui se promène du côté des Halles, à Paris, quand on prononce le mot « sextoy masculin ». « Autant il y a beaucoup de publicité pour les féminins, autant pour les mecs, j’ai du mal à imaginer en quoi ça consiste. Donc ça ne me viendrait pas à l’idée d’en utiliser. »

Vaginettes ultra-réalistes

A quelques pas de là, rue Saint-Denis, les sex-shops sont nombreux mais les clients et vendeurs peu loquaces. « C’est de l’ordre de l’intime, on ne peut pas parler de ce qu’achètent les hommes ici », nous dit le patron d’une échoppe où une reproduction en plastique de fesses de femme en levrette trône à gauche de la caisse. « Je ne peux pas vous parler pendant que je travaille », explique un autre. La boutique est pourtant déserte.

De l’autre côté des Halles, chez Passage du désir, enseigne ayant pignon sur rue et dont la vitrine violette est devenue populaire, Sabine, la vendeuse, se montre plus bavarde. « Notre clientèle est majoritairement composée de femmes seules puis de couples, et après seulement d’hommes seuls. » Parmi ces derniers, « beaucoup veulent des vaginettes ultra-réalistes, des “pussy” ». Quand elle leur montre les masturbateurs design dernier cri et constate une moue sur leur visage, elle les renvoie rue Saint Denis, vers les sex-shops plus old school. « Mais la plupart des hommes qui viennent ici ont déjà repéré ce qu’il voulait sur Internet et l’achète sans demander de conseils. »

Un sextoy vécu comme « une défaite sociale »

Gaine de masturbation, anneau vibrant, plug anal, stimulateur prostatique, dont certains connectés et pilotés à distance… La gamme de jouets pour homme a beau se moderniser et se diversifier, les achats restent peu nombreux. « Les sextoys masculins représentent 15 % de nos ventes », souligne Patrick Pruvot, fondateur de Passage du désir. Même son de cloche du côté du vendeur en ligne Adam et Eve. « Si nous avons autant de clients masculins que féminins, seul un homme sur cinq achète pour lui », précise Azur Lebas, brand manager de l’enseigne.

Mais alors, pourquoi les sextoys masculins ont-ils moins la cote ? « Un homme vit souvent cette utilisation comme une défaite sociale, avec l’idée qu’il achète cet objet parce qu’il n’a pas trouvé de femme », avance Patrick Pruvot. Une image ayant longtemps collé à la peau des sextoys féminins, soi-disant réservés à la célibataire endurcie. Pourtant, ces objets de plaisir sont davantage utilisés par les personnes vivant en couple (31 %) que par les célibataires (28 %), selon une étude* Ifop réalisée fin 2020.

Le succès des masturbateurs, liés au porno

« Les masturbateurs, dont l’objectif est de reproduire la sensation de pénétrer, représentent la très grande majorité de nos ventes, constate Azur Lebas. La marque Fleshlight, devenue le leader du marché des sextoys masculins, a fait toute une série d’objets moulés sur le vagin de porn stars. » Un succès peu surprenant sachant que les hommes se masturbent davantage en regardant du porno que les femmes, selon toutes les études réalisées sur le sujet. « Ça se ressent dans les produits qu’ils achètent et surtout dans ceux qu’ils n’achètent pas. Ils ne vont pas faire leur propre exploration. »

Emilien*, artiste de 26 ans et membre de la communauté Joyclub, collectionne les plugs et accessoires prostatiques. Il regrette ce manque d’inventivité. « Il n’y a pas d’innovation marquante en matière de sextoys masculins, contrairement aux féminins avec la création de ceux à air pulsé. »

L’ultime tabou de l’anal

Et l’anal ? « Il est encore perçu par beaucoup d’hommes hétéros comme un plaisir d’homo refoulé, ajoute le fondateur de Passage du désir. Souvent, en boutique, des hommes nous disent “ah, c’est aussi pour les hétéros ?” » Julien, 44 ans, de passage sur Paris et n’ayant pas voulu s’encombrer de l’un de ses jouets dans sa valise, est venu acheter un œuf de masturbation chez Passage du désir. « Mon ex, qui était très ouverte en matière de sexualité, m’a offert mon premier sextoy. Ce n’est pas du tout la même sensation qu’avec une femme ou qu’avec ma main. Je trouve que c’est plus doux et progressif. »

Les mentalités évoluent. D’après une étude** pour Lelo publiée le 5 novembre, 14 % des hommes ont déjà été pénétrés avec un sextoy. « On parle davantage de plaisir prostatique sur les réseaux sociaux », atteste Patrick Pruvot. « De plus en plus d’hommes viennent dans notre boutique en demandant des conseils sur des stimulateurs prostatiques », confirme Sabine. La vendeuse s’est formée pour mieux les conseiller. « Ils disent souvent qu’ils veulent un massage prostatique mais il en existe plein de sortes. » Une manière d’explorer son corps et de multiplier les types de plaisir.

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