« No Nut November » : testostérone, libido, addiction au porno… les fausses promesses d’un mois sans masturbation

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Boost de la concentration et de la productivité, hausse de la libido et de la testostérone, fin des problèmes d’érection ou des éjaculations précoces… Sur le forum Reddit, de nombreux hommes attribuent ces avantages à l’arrêt de la masturbation, particulièrement dans le subreddit « r/NoFap », un canal de discussion entièrement dédié au sujet. Sur TikTok, certains contenus reprennent les mêmes arguments. Alors qu’on arrive au mois de novembre, cette discussion trouve une autre résonance, au travers d’un étonnant challenge : le No Nut November, abrégé NNN.
Apparu en ligne dans les années 2000, ce défi consiste à ne pas se masturber et à ne pas regarder de pornographie pendant 30 jours. Il est « lié aux milieux radicaux masculinistes de la mouvance NoFap [qui se traduit littéralement par ‘pas de masturbation’], qui prône l’abstinence de la masturbation et la rétention séminale car ça augmenterait la testostérone et ferait de vous un homme viril », explique Stephanie Lamy, chercheuse en sciences politiques et autrice du livre La Terreur masculiniste (éd. du Détour), contactée par actu.fr.
La plupart de ceux qui pratiquent le NNN se disent addicts à la pornographie ou à la masturbation, voire aux deux. L’abstinence leur permettrait de sortir de cette spirale et améliorerait leur santé mentale, grâce à tous ses prétendus bienfaits. Plusieurs spécialistes contactés par nos soins dénoncent un raisonnement entièrement faux. Selon eux, il n’y a aucune preuve scientifique que cette abstinence ait de quelconques vertus.

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Une mouvance masculiniste

Si le challenge du No Nut November peut paraître anodin, voire amusant à première vue, il découle de milieux masculinistes radicaux et dangereux. Rien de drôle finalement. Les profils des deux personnes à l’origine du NoFap parlent d’eux-mêmes.

D’un côté, Gary Wilson, « une espèce de gourou d’une sexualité un peu tantrique pour qui il fallait faire de la rétention séminale pour avoir des relations plus harmonisées », selon Stephanie Lamy. De l’autre, Alexander Rhodes, « qui a fondé le subreddit NoFap et le NoFap LC, une start-up avec une application où les hommes peuvent se rejoindre dans leur abstinence. » Ce dernier est même proche de différentes mouvances d’extrême droite et suprémacistes masculines américaines comme les « Proud Boys ».

C’est quoi le masculinisme ?

Né dans les années 1980 en réaction au féminisme, le masculinisme défend l’idée d’une domination masculine menacée et accuse les femmes d’être responsables d’une dégradation des conditions de vie des hommes. Longtemps cantonné à des groupes marginaux, ce courant s’est largement diffusé ces dernières années via les réseaux sociaux, des influenceurs virilistes rencontrant un écho croissant auprès des adolescents.

Selon un rapport du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE) paru en janvier 2026, il correspond à un sexisme hostile, c’est-à-dire « un sexisme violent, il se traduit par une hostilité envers les femmes et peut inclure des attitudes agressives ou dévalorisantes. » De fait, la diffusion de ces idées peut « légitimer le passage à l’acte, banaliser des violences et, dans ses formes les plus extrêmes, aller jusqu’à l’apologie du viol et du meurtre ».

D’après la chercheuse, ceux qui participent au défi du No Nut November suivent ce raisonnement : selon ce qu’ils prétendent, les mouvements féministes ont entraîné une libération des corps, par conséquent les hommes seraient bombardés d’images et de vidéos pornographiques, ce qui affecterait leur santé mentale. Par ailleurs, le défi a lieu au mois de novembre, mois de lutte contre les violences faites aux femmes.

Ces hommes s’auto-diagnostiquent addicts à la masturbation et à la pornographie. Forcément, la conversation entre hommes a très vite tourné vers l’antiféminisme, car ils estiment que ce sont les femmes à l’origine de leur mal-être.

Stephanie Lamy Chercheuse en sciences politiques

Ce mouvement est donc à prendre très au sérieux, « notamment pour sa capacité à produire une quantité de propagande antiféministe importante » et parce qu’il s’agit d’une « courroie de transmission vers des milieux radicaux encore plus violents ».

En 2021, Jake Davidson avait tué cinq femmes à Plymouth, au Royaume-Uni, avant de mettre fin à ses jours. NoFap et surtout « la mise en échec de l’abstinence » avaient été ses portes d’entrée vers le masculinisme radical, selon Stephanie Lamy.

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Addict à la masturbation, vraiment ?

Nombreux sont les témoignages dans le subreddit NoFap se diagnostiquant comme étant addict à la pornographie et à la masturbation. Cet utilisateur prétend par exemple se masturber tous les jours, jusqu’à 5 fois, dès ses 10 ans. « Je suis un bon à rien qui passe son temps à fumer de l’herbe et à écumer tous les recoins d’Internet à la recherche de nouveaux contenus pour me masturber », écrit-il dans son texte où il demande de l’aide.

Il y a une forme de solidarité masculine qui se crée autour d’une identité, celle d’être addict au porno. Il n’y a pas de mal à l’entraide masculiniste, le problème c’est la manière dont ils détournent la source de leur grief vers la quête d’un bouc émissaire, et c’est forcément les femmes et les féministes.

Stephanie Lamy Chercheuse en sciences politiques

Qui plus est, l’abstinence totale n’est pas recommandée dans le cadre d’un traitement contre ces addictions. D’autant plus qu’il n’existe pas encore de consensus autour de cette terminologie. La dépendance au sexe ou à la pornographie n’est pas reconnue dans le DSM-5 (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux de l’Association américaine de psychiatrie) – référence pour identifier les troubles mentaux et psychiatriques.

En revanche, la CIM-11 (Classification internationale des maladies, publiée par l’Organisation mondiale de la santé) décrit bien un trouble du comportement sexuel compulsif, qui est donc classé dans les « troubles du contrôle impulsif » et non les addictions.

Auprès d’actu.fr, Laurent Karila, addictologue à l’hôpital de l’AP-HP Paul Brousse et auteur des podcasts Addiktion, nuance cette différence : « Quand vous regardez les critères » de ce trouble du comportement sexuel compulsif, « ce ne sont que des critères d’addiction ». « Ce sont deux termes très synonymes », ajoute-t-il.

Finalement, peu importe la terminologie utilisée, ce trouble regroupe aussi bien l’usage compulsif de pornographie, la masturbation compulsive et plein d’autres comportements. S’abstenir pendant un mois n’est pas du tout la solution la plus adaptée. Pour Laurent Karila, il s’agit plutôt de réduire progressivement et de réguler son comportement compulsif.

Il insiste surtout sur l’importance de régler toutes les difficultés qu’entraînent ces addictions sur la vie de la personne. « Si on se masturbe deux fois par jour sans conséquences, ce n’est pas un problème », indique-t-il. Mais quand cette pratique fait perdre le contrôle, entraine un usage compulsif, déclenche des envies irrépressibles de consommer et a une incidence sur la vie personnelle et professionnelle du patient, cela devient « une vraie maladie ».

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Pas de hausse de la testostérone

La base du raisonnement de la communauté NoFap repose sur l’affirmation erronée que l’arrêt total de la masturbation augmente le taux de l’hormone masculine.

C’est quoi la testostérone ?

La testostérone est une substance que produit naturellement le corps humain, plus précisément les cellules du testicule. Sa fabrication se déroule dès la puberté, au moment où se développent les organes génitaux. Elle joue un rôle important de protection cardiovasculaire au sein de l’organisme masculin et favorise également le développement des cellules musculaires. « Ça augmente aussi l’énergie et l’endurance », selon la chirurgienne et urologue Anna Goujon.

En réalité, le taux de testostérone « n’est pas du tout lié à l’activité sexuelle ou au nombre d’éjaculations », certifie Pierre Cahen, médecin sexologue que nous avons contacté, avant d’ajouter : « Il n’y a pas de facteurs alimentaires ou autres qui l’impactent. » Seulement l’âge ou certaines pathologies peuvent faire baisser son taux.

Quid des capacités mentales, comme la mémoire ou la concentration, qui seraient boostées par l’abstinence ? « Aucun support scientifique ne valide le fait que ne pas éjaculer pendant un mois a un effet sur la concentration ou le bien-être », continue-t-il.

Pire encore : selon une étude publiée dans le journal Sexualities en 2023, s’abstenir de se masturber ou de regarder de la pornographie pendant un temps donné peut entraîner des problèmes de santé mentale. Sur les 587 hommes interrogés par les chercheurs, 30 % avaient des idées suicidaires après avoir complété le défi. Ceux qui avaient suivi le programme de la manière la plus rigoureuse étaient aussi ceux qui se sentaient plus mal par la suite.

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Libido et sexualité

Si l’hormone masculine est bien « l’une des composantes de la libido », prendre de la testostérone pour « performer dans la sexualité n’est pas du tout indiqué. » Une absence prolongée de masturbation et d’éjaculation ne fera pas grimper en flèche la libido : « On peut être plus excité parce que dans sa tête, ça fait longtemps qu’on n’a pas fait l’amour, ça sera excitant à l’idée de le refaire. Mais c’est tout. »

Alors qu’on peut lire, toujours sur Reddit : « Ta libido augmentera (une vraie libido) après avoir complété quelques semaines de nofap, les désirs sexuels montent en flèche. »

D’autres vantent des bénéfices sur les problèmes d’érection : « Je n’arrivais pas à avoir d’érection, ce qui me complexait. Mais après quelques jours sans me masturber, quand je me suis réveillé aujourd’hui, j’ai enfin senti mon pénis en érection… à nouveau. Ça doit être l’un des jours les plus heureux de ma vie. » Là aussi, aucun rapport, selon notre sexologue.

C’est souvent un problème physiologique ou psychologique lié au stress et à l’anxiété de la performance. Si on est dans l’évitement de la sexualité parce qu’on est angoissé à l’idée d’y aller, ce n’est pas une bonne chose d’être dans cet évitement-là.

Pierre Cahen Médecin sexologue

Idem pour les éjaculations précoces. Un internaute Reddit raconte pouvoir avoir un rapport sexuel pendant 10 à 30 minutes alors qu’il ne durait pas plus de 2 minutes avant d’avoir arrêté la masturbation et la pornographie – et commencé la méditation, accessoirement.

Mais selon Pierre Cahen, « pour ne pas éjaculer trop vite », au contraire, il faut plutôt « avoir une fréquence d’éjaculation relativement régulière. » « Si vous arrivez au rapport sexuel sans avoir éjaculé depuis un mois ou plus, ça sera d’autant plus difficile de gérer votre excitation sexuelle et de maîtriser votre éjaculation. Ça fait l’effet inverse », pointe-t-il.

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