La masturbation est-elle bonne ou mauvaise pour la santé ?

, La masturbation est-elle bonne ou mauvaise pour la santé ?

La masturbation, c’est la pratique
sexuelle qui a connu le plus grand boom ces dernières
années !
Chez les femmes françaises, elle serait passée de
42% à 73% en trente ans (source : Inserm). On peut
raisonnablement supposer que cette augmentation est en partie liée
à un biais déclaratif : les femmes confessent plus
facilement ce petit plaisir aujourd’hui, à mesure que la pratique
se démocratise, avec un coup de pouce du marketing autour des
sextoys féminins. Mais partons du postulat qu’une immense
majorité de Français et de Françaises se masturbent – et peut-être
même plus qu’avant
. Cela a-t-il un impact sur leur santé ?
Que risque-t-on à se masturber régulièrement (à part se faire
surprendre) ? Réponse avec Philippe Brenot, psychiatre et
anthropologue, auteur d' »Éloge de la Masturbation »
(éditions La Musardine).

Cachez-moi ce sperme que je ne saurais
voir !

Le mot « masturbation » est arrivé sur le tard
dans le vocabulaire (plus tardivement que la pratique, en tout
cas). Il se lit pour la première fois sous la plume de Montaigne en
1576 qui voyait dans l’exhibition masturbatoire de Diogène une
forme d’expression de la liberté individuelle. À l’époque, on ne
pense pas à la santé car il manque encore une grande innovation
fondatrice de la diabolisation de la masturbation.

Car il faut attendre l’invention du microscope
pour que la masturbation devienne un crime contre nature !
Au XVIIᵉ siècle, cette révolution technologique
utilisée
initialement pour examiner la qualité des tissus, a permis la
découverte du spermatozoïde. Une remise en
question de la reproduction s’opère alors, interrogeant dans son
sillon le rôle de la masturbation. Philippe Brenot rappelle que «
à l’époque, on était fasciné par la vie des spermatozoïdes,
considérés comme des ‘animalcules’ vivants
»
.

Alors que les ovules paraissaient inertes, les spermatozoïdes,
eux, étaient en mouvement, le symbole clair que l’homme possédait
dans son jus une énergie vitale. Une culpabilité
commençait à émerger dans les esprits : chaque éjaculation
était-elle une perte de vie irréparable ?

Mais la science seule était bien trop peu développée pour
répondre à cette question. Il lui fallait convoquer les lumières
d’une autre entité.

Quand la science s’associe avec l’église

C’est l’église qui a joué un rôle décisif dans la condamnation
de la masturbation ! A travers des textes comme Onania
(1712-1716), un pamphlet publié en Angleterre au retentissements
considérables, la masturbation s’est accompagnée de conséquences
physiques et morales catastrophiques. « La condamnation de la
masturbation s’est diffusée à travers l’Europe protestante avant de
s’étendre au reste de l’Occident chrétien. »
retrace Philippe
Brenot.

La peur de la masturbation s’est renforcée par des descriptions
pseudo-scientifiques, comme celles de Samuel-Auguste
Tissot
dans « Onanisme. Dissertation sur les
maladies produites par la masturbation
 » (1769), qui
attribuait à ce comportement toutes sortes de conséquences
dramatiques telles que la cachexie (un
affaiblissement général de l’organisme). Rousseau lui-même, qui
pourtant se reconnaissait comme un « masturbateur assidu » dans ses
célèbres « Confessions« , condamnait cette pratique
publiquement.

Ces discours ont imprégné les mentalités pendant deux siècles,
freinant la reconnaissance des bienfaits potentiels de la
masturbation masculine. Quant à la féminine, elle existe à peine
intellectuellement : « L’idée de la coercition de la
masturbation féminine, je l’ai très rarement lu. La masturbation ne
s’entendait qu’au masculin.
 » précise Philippe Brenot.

Ce n’est qu’à la fin du XXᵉ siècle que
sexualité et fécondité ont été dissociées permettant alors une
approche plus ouverte de la masturbation. Et malgré tout,
aujourd’hui, une certaine défiance persiste. « La branlette » reste
toujours associée à la paresse et à la misère sexuelle…

Masturbation, bonne ou mauvaise
habitude ?

Le mouvement NoFap (pas de masturbation) créé en 2011 par des communautés masculines sur des
forums en ligne est la preuve que les conclusions de Onania et de
Tissot ne sont pas totalement jetées aux oubliettes. Selon ce
mouvement, arrêter la masturbation, ainsi que la consommation de
pornographie, peut « booster la testostérone » et améliorer la confiance
en soi.

Paradoxalement, une étude de 2023 parue dans
Sexualities
démontrerait l’effet inverse sur cette communauté :
l’injonction à l’arrêt de la masturbation provoquerait un
sentiment de détresse et de honte.
  « Cela peut
découler de l’objectif d’abstinence, qui redéfinit des
comportements sexuels courants comme des ‘échecs’
personnels
 » peut-on lire en conclusion de l’étude.
Une détresse qui se mêle à l’incompréhension de sa propre sexualité
en se basant sur de faux postulats scientifiques.

Concernant le combat de cette communauté envers une
certaine forme d’addiction
Philippe Brenot nuance : « Une addiction à la masturbation est possible, comme tout ce
qui apporte du plaisir, mais elle révèle souvent un terrain
psychologique fragile, lié à des troubles de l’humeur ou un vide
existentiel. »
En somme, il faut un terrain addictif pour que
la masturbation devienne réellement un handicap dans la vie,
c’est-à-dire quand elle est subie et compulsive.

Mais dans un cadre maîtrisé et épanouissant, la masturbation
reste un des piliers essentiels à une vie sexuelle saine et
diversifiée : « Obtenir un orgasme reste une expérience
essentielle pour l’équilibre sexuel, surtout chez les femmes qui
peinent parfois à explorer leur propre désir
». Car pour ce
psychiatre spécialiste de la sexualité, les schémas de
masturbation masculine et féminine
sont bien distincts.
Quand l’homme va, en immense majorité, se masturber toujours de la
même façon – faire coulisser son sexe dans sa main – et que l’accès
à son plaisir est assez évident, les femmes ont un rapport au
toucher intime plus original.

Elles peuvent se frotter contre un tissu, avoir un contact
direct ou indirect avec le clitoris, croiser ou non leurs jambes,
etc. Découvrir et explorer cette zone érogène en solitaire leur
permettrait alors un accès facilité au plaisir au moment d’un
rapport sexuel.

Quant à savoir pourquoi « la masturbation rend sourd »
(question légitime que vous vous posiez peut-être depuis le début
de l’article), Philippe Brenot répond « j’ai épluché toute la
littérature, lu tous les étymologistes, personne ne sait
précisément d’où vient cette légende urbaine.
« 

Les médecins ORL n’ont donc aucune certitude sur les habitudes
intimes de leurs patients. Et heureusement !

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